[Littérature] Ceux de là-bas: la mort aux trousses

4.5
Note Horreur Québec

Un psychologue athée craignant la mort voit sa vie et ses croyances entièrement bouleversées suite à un terrible incident survenu lors d’un spectacle d’hypnose.

Si on s’amusait à compartimenter les romans de Patrick Sénécal en deux sections, on comprendrait rapidement que l’auteur varie souvent entre des oeuvres plus effrénées où l’action domine et des récits plus denses psychologiquement parlant. Ceux de là-bas, qui paraissait cette semaine chez Alire, fait partie de cette seconde branche, et force est d’admettre que le romancier y livre l’un de ses romans les plus accomplis. Si ses détracteurs des premières heures se frottent à la lecture, ils risquent de s’y brûler.

Ceux de là-bas couverture livreAxé sur les limites de la condition humaine, Senécal réussit à explorer des thèmes universels comme le deuil, la maladie et, évidemment, la mort. Ce qui pourrait sonner comme une redite chez un auteur avec moins de métier devient, entre les mains de l’artiste, une véritable matière première qu’il sculpte comme de l’argile et dont le lecteur devient l’otage. Les réflexions qu’il met en place sont obscures, vibrantes et perturbantes.

Sans adopter un rythme vraiment lent, la narration prend le temps d’étoffer la psychologie de ce quinquagénaire qui a peur de la mort. L’écrivain le rend tout à fait sympathique. C’est aussi le cas de son acolyte, qui laisse rapidement tomber son masque d’exubérance pour devenir un tendre. Encore ici, Senécal contourne le poncif éculé du duo mal assorti en humanisant au maximum ses héros. C’est comme si les détails et les descriptions précises dont il qualifie ses détectives leur accordent un caractère qui leur est propre. La division des chapitres joue un rôle important dans la ponctuation du suspense et le tout semble calculé au métronome pour nous manipuler diaboliquement.

Mais que s’est-il donc passé lors de cette séance d’hypnose? À l’instar du protagoniste, le lecteur devra poursuivre un houleux périple pour obtenir la réponse à cette question. Au moment où le bouquineur croit comprendre le sentier sur lequel il marche, le récit glisse vers des jonctions inattendues. On allume ce feu en nous qui ne cesse de se consumer jusqu’à la dernière page. En aucun cas Senécal ne devient prisonnier des nombreux thèmes et intrigues secondaires qu’il greffe à sa trame principale, et chacune des parcelles de l’enquête offre son lot de satisfaction. De plus, les échos fantastiques déployés par le créateur donnent droit à des passages à glacer le sang.

Au final, Ceux de là-bas s’impose comme l’une des meilleures oeuvres du romancier, à ranger avec ses écrits les plus significatifs et efficaces comme Le Vide et le trop peu salué Faims.

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