[Entrevue] «Sois sage» et cinéma d’horreur avec la rockeuse et cinéaste Anik Jean

On apprenait avec le dévoilement de la programmation de Fantasia hier qu’Anik Jean sera de la cuvée de Les fantastiques week-ends du cinéma québécois 2019, seulement pas en tant que membre du jury cette année, mais plutôt pour venir y présenter son nouveau court-métrage Sois sage, qu’elle qualifie de thriller psychologique.

La chanteuse rock a également annoncé récemment travailler sur l’écriture d’un long-métrage d’horreur, qu’elle souhaite par ailleurs réaliser. Horreur Québec a profité de l’occasion pour s’entretenir avec celle qui nous a donné le succès Oh mon chéri afin d’en connaître davantage sur ses projets:


Horreur Québec: Vous avez déjà mentionné être fascinée par les tueurs en série et quand on a annoncé que votre premier long-métrage serait un film d’horreur, il devenait facile de spéculer un peu. Pouvez-vous nous parler de vos projets d’horreur?

Anik Jean: Je suis une grande fan de film d’horreur depuis mon enfance. J’ai toujours aimé ça. J’ai déjà dit en entrevue que regarder un film d’horreur, c’était pour moi comme de manger de la soupe Lipton quand on a la grippe: ça me rend confortable. Quand je fais mes sacs d’Halloween, je le fais en regardant le premier Halloween. Je ne sais pas pourquoi j’ai cet attachement pour l’horreur, mais je l’ai. Je suis une fan de Dario Argento et du cinéma italien. C’était certain qu’en entrant dans le monde du cinéma je ferais un projet en lien avec l’horreur. C’est mon projet qui me prend le plus de temps, parce que je suis tellement difficile en film d’horreur que je veux faire le film que moi j’aimerais aller voir.

Présentement, je travaille sur deux projets d’horreur. Le premier, c’est un long-métrage. J’ai comme conseiller en scénarisation Patrick Senécal et ça fait environ un an que je travaille dessus. C’est un peu comme The Strangers ou The Last House on the Left. Ça se passe dans le bois, dans une maison abandonnée qui finalement ne l’est pas. Quatre jeunes vont avoir affaire à deux psychopathes et il va y avoir une sorte de twist. C’est le fun de travailler avec Patrick parce que c’est une idole au niveau de la littérature. J’ai lu la plupart de ses romans et j’aime beaucoup sa façon de penser. On fait des séances d’écriture et il me coache, me questionne et me fait douter de certains choix. Ça s’appelle La Maison de Lady Bogan. Je traite de pleins d’affaires. J’aime ça quand le spectateur développe de la sympathie pour le méchant. Je suis rendue productrice avec Patrick et j’aimerais le tourner en 2021. Je pensais à Jean-Nicholas Verreault pour jouer mon fucké en écrivant.

J’ai un court-métrage qui s’appelle Sois sage qui devrait sortir en juillet. C’est un thriller psychologique avec mon fils et Sandrine Bisson (Discopath, 1981). J’aime ce genre de films avec des enfants, car souvent, ça nous rentre encore plus dedans. C’est l’histoire d’un petit gars qui a une gardienne qui n’est pas très cool avec lui. Il décide donc de lui faire passer un mauvais quart d’heure. Je l’ai tourné l’automne dernier et c’était très agréable à faire. J’aime beaucoup Sandrine. C’est une de mes muses et elle sera dans un autre de mes projets. C’est une actrice qui a un très grand range. Mon fils avait six ans et étrangement, c’est aussi un fan de films d’horreur. Il connaît tous les personnages de films d’horreur. Il ne les a pas tous vus, mais il connaît les histoires quand même. Il vient de regarder Jaws et je veux lui montrer le premier Friday the 13th. J’y vais avec les classiques, mais il est déjà un grand fan de Jason et de Michael. C’était important pour lui de jouer dans le film.

Sois sage affiche film

HQ: Vous êtes dorénavant scénariste et réalisatrice. Est-ce que ce n’était pas une suite logique quand on constate que vos vidéoclips ont souvent eu l’apparence de films. Vous aimiez déjà raconter des histoires, non seulement avec les paroles, mais avec ce qui était filmé.

AJ: Oui, exactement. Je peux marier mes deux arts ensemble. J’ai eu la chance dans ma carrière de musicienne de travailler avec des grands cinéastes pour faire mes clips. Robin Aubert (Les Affamés) a fait deux de mes clips et j’ai travaillé avec Francis Leclerc (Mémoires affectives). Quand j’ai tourné le clip Mon chéri avec Robin, je lui ai confié que c’était l’histoire d’une femme qui tuait son mari et non pas une histoire d’amour, comme tout le monde le pensait. Et Robin m’a dit que je devais jouer. Il m’a indiqué je l’avais en moi ce sentiment à transmettre. Je ne me sentais pas prête. J’aimais jouer dans mes vidéos, mais c’était différent. J’ai plus d’expérience de vie maintenant également et je crois que ça peut aider.

HQ: On dit souvent que l’utilisation de la musique est l’un des éléments fondateurs de la peur au cinéma. Quand on se nourrit de musique comme vous le faites et qu’on en vient à réaliser, est-ce que ça ne devient justement pas inquiétant de créer la bonne musique pour son propre film? Il y a des possibilités infinies.

AJ: La musique c’est souvent ce que j’aime ou ce que je déteste le plus dans un film. En horreur, il ne faut pas voler des punchs avec la musique. J’ai adoré faire la musique sur Bon Cop Bad Cop 2, parce que j’avais un gros challenge: un film d’action, avec de l’humour et des passages dramatiques. J’avais 85 minutes de musique pour le film. Parfois, si tu mets une note deux secondes trop tôt, tu gâches entièrement la scène en donnant prématurément une émotion au spectateur qui va comprendre où va le film.

Pour mon film, je vois ça comme un bonus et non un obstacle. Je suis chanceuse d’avoir commencé dans la musique. Mon atout c’est de voir en tournant ce que je veux mettre en musique. Pour Sois Sage, j’ai composé la musique et je n’en ai gardé que la moitié. Souvent, je trouvais qu’il y avait trop de musique et j’ai réalisé que des moments de silence peuvent être encore plus creepy. Faire la musique c’est agréable, parce que tu es avec l’image, mais tu es aussi en communication avec le monteur. Des fois, il a des pistes à nous donner. Il regarde le découpage et te dis où il mettrait la musique.

Sois sage

HQ: En parlant des artistes vous avez dit: «La première qualité d’un créateur, c’est le courage. Le courage d’affronter le scepticisme, le courage d’affronter le conformiste et finalement le courage d’affronter la jalousie». Savez-vous à quel point vos mots mettent la barre haute pour les fans de cinéma d’horreur, épuisés de voir toujours la même chose? Comment fait-on pour faire naître un film d’horreur au Québec avec cette vision de la création?

AJ: Je pense comme ça. Pour te donner un exemple, on me dit souvent que je change de look. Mais je ne vais pas rester la même chanteuse rock pour toujours; je ne peux pas. Un artiste, c’est quelqu’un qui se réinvente, qui prend des risques et qui va se planter parfois. Il faut aller au bout de sa propre création. Je n’ai pas de limite. J’ai écrit deux livres qui vont sortir éventuellement. J’ai un besoin de créer et de faire vivre des émotions au gens.

Il y a bien des gens qui regardent l’horreur un peu de haut, mais c’est incroyable les messages qu’on y véhicule. Certains les voient comme une farce, mais ils ont souvent plus de messages que dans les films dits normaux, comme des drames. Quand je regarde un film d’horreur, je me questionne sans arrêt. Les serial killers me fascinent. Je ne dis pas ça parce que je les trouve cool, mais se mettre dans ces situations de violence, comme ils le font, c’est difficile à comprendre. Des fois, c’est la détresse des humains qui les rend inhumains. On dirait qu’on veut comprendre. Je suis peut-être juste une fille fuckée, mais dans les films, je ressens un certain attachement envers les vilains. Pour te donner un exemple, quand mon fils a regardé Jaws, il pleurait à la fin parce que les humains voulaient tuer le requin et il m’a dit que peut-être que les humains ne le comprenaient pas. Je trouvais ça beau de la part d’un enfant; analyser ça comme ça. Les spectateurs qui regardent un film vont le voir et l’analyser à leur manière. Des fois, on aime revoir les mêmes films pour trouver d’autres éléments.

HQ: Pouvez-vous nous parler de votre implication de l’an dernier avec le Festival Fantasia?

AJ: j’ai été membre du jury l’année passée pour la section des court-métrages. J’ai adoré ça. J’ai regardé beaucoup de courts, et ça m’a vraiment inspiré. J’ai découvert Fantasia l’an dernier et c’est une gang de capotés remplis d’audace. Je les adore. Parlant de courts, j’ai regardé le film Madre, qui est allé aux Oscars. C’était un excellent thriller psychologique.

HQ: Avez-vous eu la chance de visionner une première mondiale d’un film attendu dans la salle? C’est vraiment délirant.

AJ: Patrick me racontait qu’il avait fait la première du premier Bon Cop, Bad Cop à Fantasia et que c’était hallucinant, comme la foule d’un show rock. Je vais aller voir des films avec mon fils. Certains parents trouveraient ça bizarre, mais il capote sur ça. Je ne peux pas l’empêcher d’aimer ça. Il est comme moi quand j’étais petite.


Horreur Québec tient à remercier cette créatrice colorée du temps qu’elle nous a accordé. Nous vous encourageons, chers lecteurs, à aller voir le le court-métrage de l’artiste lors de l’édition 2019 de Fantasia et lui souhaitons la meilleure des chances dans tout ses projets futurs.

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