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TEXAS CHAINSAW MASSACRE Mark Burnham en Leatherface. Cr. Yana Blajeva / ©2022 Legendary, Courtoisie Netflix

[Critique] Texas Chainsaw Massacre (2022): bon à s’en lécher les doigts! 

Pourtant, on n’en donnait pas cher de ce neuvième film de la série de la scie dont les deux premiers volets ont été réalisés par Tobe Hooper (Poltergeist). Jusqu’à tout récemment, bien peu d’information avait filtré sur le projet depuis qu’on annonça il y a plus de 2 ans déjà que Fede Alvarez (réalisateur de la refonte de Evil Dead) produirait une suite directe du The Texas Chain Saw Massacre originel. Il est également crédité comme étant le co-auteur de la prémisse sur laquelle s’est basé le scénariste novice Chris Thomas Devlin, et qui ferait fi de tous les films qui ont suivi l’original, pareil comme les plus récents films des franchises Terminator et Halloween, de même que l’avant-dernier volet de celle-ci (Texas Chainsaw 3D), paru en 2013. Ouin.

Texas Chainsaw Massacre affiche film 2022

Quelques mois plus tard, on nous informait que le scénariste de l’original, Kim Henkel (qui a commis le 4e film, TCM The Next Generation), était à bord comme producteur avec son fils Ian (cool!), de même qu’une paire de réalisateurs inconnus (les frères Andy et Ryan Tohill), avant qu’on annonce que les Tohill avaient quitté le plateau roumain (comme le Leatherface de 2017) après une semaine de tournage seulement, remplacés au pied levé par un certain David Blue Garcia, plutôt vert comme réalisateur, qui avait plus d’expérience en direction photo. Ouf. Pas super rassurant, en effet, finalement. Bref, tout ça pour dire qu’elles étaient plutôt basses, les attentes (même si les optimistes espérances pesaient fort dans la balance) pour cette énième aventure de celui qu’on appelle face de cuir.

Aujourd’hui, près de 50 ans après que Sally Hardesty ait survécu au massacre de ses amis aux mains d’une famille de dégénérés dans le Texas rural, un quatuor de jeunes gens diversifiés et urbains (mais heureusement pas trop Ken et Barbie) débarque avec un beau plan de gentrification à Harlow, petite ville maintenant fantôme. Nos protagonistes étant suivis de près par un bus débordant d’investisseurs fêtards (qu’on aurait dit tout droit sortis du fameux vol de Sunwing), ils subiront rapidement les foudres d’un autre survivant du sordide fait divers de 1973, le fameux bouché masqué armé de son instrument jadis rutilant, mais toujours aussi bruyant et tranchant.

Étonnamment, malgré l’originalité relative de son synopsis (rassurez-vous: il y a toute de même quelques surprises), le film est une belle réussite! Et ce, à presque tous les niveaux. On est encore sous le choc, plusieurs jours plus tard. On n’en attendait pas tant. D’emblée, en atterrissant illico dans un poste de gaz, le ton était donné. Non, il est évident qu’on ne niaisera pas avec la puck — pas le temps, avec ses 83 minutes au compteur. Avec son intro à la Dossiers Mystères (avec John Laroquette à la narration, comme en 1974!), on se la joue un mini-peu «fan service» (mais pas trop) tout en campant le tout de nos jours, avec les mœurs et technologies usuelles.

Texas Chainsaw Massacre 2022 Mark Burnham Leatherface
TEXAS CHAINSAW MASSACRE Mark Burnham en Leatherface. Cr. Yana Blajeva / ©2021 Legendary, Courtoisie Netflix

Or, le Texas, lui, est resté figé dans le temps, aussi poussiéreux, suintant et délavé par le soleil d’auparavant (avec ses campagnes, la polyvalente Roumanie joue fort bien son rôle). Ce qui nous donne des communautés encore plus diamétralement opposées qu’à l’époque, alors que le climat social imprégné de la guerre du Vietnam est ici remplacé par celui contemporain où cohabitent difficilement les acronymes NRA et BLM, et où les fusillades scolaires et manifestations racistes sont hélas aussi communes que choquantes.

Audio/vidéo: aussi beaux que brutaux

L’ambiance? Inquiétante et haletante, presque autant que le formidable Don’t Breathe d’Alvarez. Grâce au montage dynamique, mais surtout à sa musique! Bravo au Montréalais d’adoption et saxophoniste d’exception Colin Stetson (aussi collaborateur de Sarah Neufeld d’Arcade Fire) pour avoir extrapolé l’idée de musique concrète et expérimentale de l’original et en faire quelque chose de parfaitement dissonant, anxiogène et oppressant. Wow. Pas surprenant avec un tel CV (Hereditary, Color Out of Space, Arrival, Love Death + Robots Vol.2). En prime, le fameux son strident vieux de 48 ans fait même un ou deux caméos.

Les images? Magnifiquement saturées. En plus des décors on ne peut plus variés et poisseux, la caméra nerveuse et quasi documentaire de Ricardo Diaz (Stranger Things et Butcher Boys, un film co-écrit et produit par Henkel en 2012) connecte sans singer à celle de 1974 — car ici en beau HD. Rappelant un peu ce que la refonte de Maniac faisait, le travail de mise en scène souvent inspiré de Garcia se doit d’être souligné. Comme dans cette inventive scène où Dante (le chanteur R&B Jacob Latimore, vu dans Vanishing on 7th Street et Detroit) passe au hachoir derrière les portes battantes de la cuisine. Attendez de voir ce qui se passe après que nos soi-disant influenceurs aient tenté de «canceller» notre boucher préféré dans l’autobus de la bande-annonce… Indice: ça commence par car et ça finit par nage (évidemment), sous l’éclairage blafard et bleuté des néons. De toute beauté. Et c’est sans mentionner le clin d’œil à un classique sorti en 1980.

Parlons-en donc des meurtres justement. Aussi salissant que délirants! Vous aurez deviné qu’on n’est aucunement dans la suggestion ici, mais plutôt dans la surabondance, sans pour autant sombrer dans le torture porn ni au détriment du rythme. On pourrait parier que c’est ce qu’aurait pu donner TCM2 sans la censure ni son humour grand-guignolesque (et avouons-le, pas très épeurant). Il est évident que le tandem Alvarez/Garcia a voulu proposer quelque chose de familier tout en essayant d’innover et nous en donner beaucoup plus pour notre argent. Pari réussi et en maudit. Et ce, dès le tout premier double meurtre, on sourit en grimaçant de «bonheur». Et ça n’arrête pas ensuite. Oh que non. C’est parfois presque aussi douloureux que pendant les moments les plus brutaux de la refonte d’Evil Dead et d’Irréversible. Bref, au niveau SFX, on mêle le pratique et le numérique avec brio, afin de livrer la marchandise dans ce qui pourrait bien être l’un des plus brutaux ET réussis slashers contemporains. Oui oui, on a vu TCM The Beginning (2006), Halloween Kills et celui de Rob Zombie, qui ne font justement partie que d’une des deux catégories.

TEXAS CHAINSAW MASSACRE Mark Burnham 2022
TEXAS CHAINSAW MASSACRE Mark Burnham en Leatherface. Cr. Yana Blajeva / ©2021 Legendary, Courtoisie Netflix

Et les perfos?

Mais les personnages et performances valent le coup ou on s’en fout? Les réactions de nos protagonistes terrifiés sont parfois classiques (voire clichées), certes, comme lorsqu’une se sauve en montant le à l’étage, se cachant sous le lit ou dans le placard (comme dans Halloween et Haute Tension), mais on l’accepte sans sourciller tellement on est dedans. Bien que ça aille vite, on réussit à assez bien développer certains des personnages principaux, qui ne sont étonnamment pas trop typés. Comme ce bourrin redneck de Richter (Moe Dunford, la série Vikings), dont l’ultime combat avec le croquemitaine est d’une brutalité sans nom (ouch). De plus, le duo de sœurs Melody (Sarah Yarkin, Happy Death Day 2U) et Lila (Elsie Fisher, Castle Rock) fonctionne à merveille, alors qu’on focalise particulièrement sur cette dernière, qui vit difficilement un PTSD. Et la tenancière de l’orphelinat, jouée par Alice Krige (Silent Hill) est absolument inquiétante, tout comme la Sally de 2022, interprétée avec une poigne de fer par Olwen Fouéré (Mandy), en mode hybride Lefty et Stretch comme en 1986.

Mais surtout, chapeau à Mark Burnham (Wrong, Lowlife, Wrong Cops), qui avait de bien grandes bottes à chausser en succédant au Leatherface original. Et il s’est acquitté de la tâche haut la main, ayant livré ni plus ni moins que la meilleure performance du personnage depuis Gunner Hansen (1947 – 2015) dans le premier volet. Juré craché, Burnham est aussi puissant et menaçant que troublé/troublant et même touchant — bien qu’il ne porte pas le plus beau masque de la franchise et qu’il n’a clairement pas 70 ans. En plus, on va même jusqu’à s’inspirer habilement de l’histoire d’Ed Gein, qui avait justement été l’inspiration initiale d’Hooper. La boucle est bouclée, comme on dit. Sérieux, TCM millésimé 2022 est autant un digne héritier de l’original qu’une habile adaptation de ce film phare, qui figure aujourd’hui au MoMA aux côtés d’authentiques œuvres d’art.

P.S. Bon à s’en lécher les doigts (n’oubliez pas de rester jusqu’à la fin du générique!).

P.P.S. Pour notre top 10 des personnages les plus mémorables de la franchise, c’est ici.

Note des lecteurs52 Notes
Points forts
De la musique au gore, en passant par la mise en scène et les performances.
Avoir enfin livré un très bon TCM.
Points faibles
Trop court pour bien développer tous ses personnages?
Le masque de Leatherface?
4
Note Horreur Québec

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